Décade de Cerisy "Agricultures et alimentations dans un monde globalisé"

En septembre 2011, Bertrand Hervieu, Geneviève Nguyen et François Purseigle ont participé à l’organisation et aux échanges de la décade de Cerisy "Agricultures et alimentations dans un monde globalisé".
Présentation
Les mondes agricoles sont agités de transformations et de mouvements impensés jusqu’à maintenant, tout marqués que nous étions par la problématique de la fin des paysans. Or nous constatons non seulement une croissance en valeur absolue du nombre de paysans à la surface de la terre, mais aussi l’émergence de formes nouvelles et non familiales de l’organisation de la production en agriculture en même temps que se diversifient et persistent les formes familiales. Il y a bien un enjeu à penser la fragmentation amplifiée des paysanneries du monde au moment où se dessine un paradoxe au terme duquel se dégagerait un scénario d’un monde sans paysans qui pourrait théoriquement produire la quantité suffisante de matières premières pour nourrir les villes coexistant avec des paysans sans terre et sans marché condamnés à la paupérisation et à la famine. La question agricole pose celle d’une mondialisation qui pour se déployer a besoin de toute la planète, mais non point de toutes les sociétés. Comment penser et gérer la différenciation et la segmentation croissantes des modes de production en agriculture au regard d’attendus planétaires, et en particulier ceux de la sécurité alimentaire mondiale ?
Le colloque tentera d’illustrer et d’interpréter ces recompositions et les mouvements qui les annoncent et qui les accompagnent. L’enjeu est de saisir d’une part les forces qui traversent le monde et affectent les paysanneries, d’autre part la diversité des mouvements et des transformations observées ici ou là. Ainsi, le monde sera considéré dans une double perspective : celle d’un monde global connaissant aujourd’hui une intensification des liens et des flux et se révélant de ce fait force de transformation ; celle de mondes distincts et en particuliers de mondes agricoles connaissant chacun des destinées spécifiques.
Pour cela, trois temps sont proposés :
* Le temps de la qualification : sortir de l’évidence, via l’illustration et la caractérisation des transformations observées en différents pays et différents continents ; les visages pris par les paysanneries seront décrits en pointant les ruptures éventuelles dans les formes d’organisation et en s’extrayant, à ce titre, de l’évidence construite et promue au cours du siècle dernier en France d’une agriculture familiale comme modèle ; une attention particulière sera portée aux formes de salariat et de néo-servage ; les cas seront choisis en lien avec l’observatoire des agricultures du monde, en prenant garde de ne pas se limiter aux cas des pays des suds ;
* Le temps de l’analyse et de la prospective : saisir les forces et formes qui se dessinent, en particulier l’après réforme agraire, la décollectivisation et la décolonisation, les nouveaux enjeux en termes de sécurité alimentaire, d’alimentation et de nutrition, en misant sur une approche comparatiste ;
* Le temps de l’interprétation : au-delà des descriptions et approches statiques, saisir ce qui se disqualifie et se requalifie en caractérisant (pas uniquement dans les mondes agricoles) les processus d’innovation, de différenciation et d’exclusion et en identifiant les niveaux et formes d’organisation, de différenciation et de segmentation qui font sens.
Cinq entrées seront privilégiées pour saisir et interpréter les transformations locales : l’exploitation agricole (ou la forme appropriée d’organisation sociale et économique de la production), le marché, le territoire, les formes d’organisations professionnelles collectives, la technique, le lien à l’alimentation.
